Perdus dans le Multivers
Mon enfance polonais a été marquée par une culture qui prône l’absurde et l’irrationnel, sublimant la beauté et la profondeur du déraisonnable et de l’extravagant, tant dans le fond que dans la forme. Ces questionnements se retrouvent dans les arts dramatiques, les arts visuels ou la prose, atteignant leur apogée au début du XXe siècle avec le mouvement de la Jeune Pologne, explorant les voies du symbolisme, de l'existentialisme et de l'expressionnisme. C’est dans cette réalité déformée, parfois plus réelle que la réalité elle-même, et dans ses connexions étonnantes que je me suis toujours sentie chez moi. La série photographique « Lost in the Multiverse » en est le fruit.
Cette série vise à étudier et explorer les propriétés de la lumière et des reflets. Les photos sont prises à travers des surfaces translucides, ce qui rassemble deux espaces qui ne peuvent pas être vus en même temps – l’espace devant l’objectif et l’espace qui échappe à celui-ci, mais qui est mis en avant grâce au reflet. Selon l’intensité et l’angle de la lumière dans ces deux espaces, l’un ou l’autre devient plus ou moins visible sur l’image finale. La lumière, et donc le reflet qui se forme sur la surface réfléchissante, peut souvent être partiellement obstruée par des éléments extérieurs (un lampadaire, une poubelle, une personne...), créant ainsi des « trous » dans le reflet et permettant un mélange encore plus poussé entre l’intérieur et l’extérieur. Il en va de même pour les miroirs présents à l’intérieur, qui peuvent ajouter une seconde réflexion à une image déjà composite. Les éléments des deux se mélangent et créent une illusion de quelque chose qui aurait pu être, un moment, un nouveau territoire, un nouvel univers.
Si on s’attarde sur les reflets du point de vue de la physique quantique, je les vois comme une représentation de l’impossible devenant possible. Les particules qui semblent à leur bonne place dans notre univers pourraient s’assembler de manière complètement différente dans un univers parallèle en créant quelque chose de très différent visuellement du nôtre. En poussant les frontières de la post-production et en créant une image presque homogène, je me donne comme but de créer de la curiosité chez le spectateur, qui en regardant ces photos en petit format a un aperçu de cet univers comme à travers un trou de serrure, et en grand format vit une expérience immersive.
Cette série s’insère dans mon travail global sur les reflets et la street photographie.